Deux chercheures du Centre d'études de l'emploi (CEE), Emmanuelle Marchal et Marie-Christine Bureau, ont réalisé en 2005 une étude qui porte sur les pratiques de recrutement et plus précisément sur le rôle que jouent les intermédiaires dans cette ultime étape de l'accès à l'emploi (un article publié dans le n°128 de La lettre de l'insertion par l'activité économique propose une interview des deux chercheures). Les intermédiaires considérés ici sont les agents du service public de l'emploi (conseillers de l'ANPE et des missions locales), les acteurs locaux de l'insertion (SIAE, PLIE, GEIQ, etc.), les cabinets de recrutement, les chasseurs de têtes, les sites de recherche d'emplois sur Internet.
L'étude montre que l'intervention sans cesse grandissante de ces acteurs dans la sélection des candidats à un emploi se traduit par deux phénomènes principaux :
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1) la disparition de la prise en compte de la réalité des contextes de travail dans la sélection des candidats au profit du respect de normes comportementales,
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2) le renforcement de la sélectivité et de la discrimination à l'embauche.
Lorsqu'une partie du recrutement est réalisé par un intermédiaire, les exigences formulées à l'égard des candidats sont plus grandes que lorsque le recrutement est réalisé directement par l'entreprise avec la mise en présence du candidat et de l'employeur.
Ainsi, les acteurs de l'insertion, loin de faciliter l'accès à l'emploi des publics qu'ils accompagnent participent à une plus grande sélectivité du marché de l'emploi en anticipant voire en amplifiant les exigences de l'employeur.
Cette étude confirme d'autres travaux réalisés sur les pratiques d'intermédiation sur le marché de l'emploi. Et bien évidemment, elle donne à réfléchir sur nos pratiques lorsqu'elles consistent, trop souvent, à catégoriser le public selon des normes d'employabilité définie en dehors des situations de travail et à ne chercher notre légitimité que dans le respect des exigences des employeurs. Pour être certain de satisfaire à celles-ci, il est fréquent, et pas forcément conscient, de dépasser les exigences initiales, comme pour se donner une marge de sécurité et s'assurer ainsi de la satisfaction du recruteur avec lequel nous sommes en contact. Si l'on considère que les critères définis par l'employeur ont déjà fait l'objet de cette « mécanique assurantielle », la sélectivité est maximum, l'offre est devenue hors de portée des publics les moins qualifiés alors qu'une étude objective de l'emploi proposé permettrait souvent l'appariement du public et du poste de travail.
Aussi iconoclaste et dérangeante que soit cette étude et cette conclusion, provisoire, que nous vous proposons, elle mérite d'être formulée pour questionner notre éthique de métier : et si certaines de nos pratiques d'intermédiaire de l'emploi favorisaient la discrimination, accroissaient la sélectivité des offres et constituaient une des causes des offres non pourvues ?
A lire et à débattre d'urgence...
Téléchargez le rapport du CEE "Pluralité des marchés du travail et qualités des intermédiaires" ICI

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