Fin de l'épisode présidentiel. S'ouvre à présent une nouvelle campagne politique, celle des législatives.
Sur ce blog, avec nos modestes moyens... mais avec nos p'tits bras musclés, nous avons appelé, avant le premier tour de la présidentielle, à ne pas voter Le Pen, Sarkozy et de Villiers. Il
s'agissait pour nous de dire que les valeurs que nous portons et auxquelles nous nous référons dans l'exercice du métier de CIP étaient incompatibles avec les attitudes et les discours de
campagne de ces 3 candidats.
Aujourd'hui Nicolas sarkozy est élu président de la république. La passation des pouvoirs avec Jacques Chirac aura lieu le 16 mai, un nouveau gouvernement sera nommé avant le 20 mai et les
principaux projets sarkoziens pourront être mis en oeuvre, dans les 100 jours qui suivent a annoncé l'équipe de campagne du nouveau président.
C'est donc une nouvelle période de débats qui s'ouvre. Des changements profonds sont annoncés, notamment concernant les politiques de l'emploi et les dispositifs d'insertion sociale et
professionnelle. En tant que professionnels nous devons nous emparer de ces débats. Il est plus que temps que nos réflexions et nos expériences prennent corps, se diffusent et irriguent l'espace
politique. Modestement mais avec engagement ce blog à un rôle à jouer. Ce blog n'est l'organe d'aucun groupe politique ou associatif, il ne s'est pas construit sur des fondements militants mais
il défend avec engagement des valeurs, d'humanisme, de solidarité et d'égalité, il prône le débat d'idées et la réflexion, il cherche à ce que nous, professionnels-citoyens nous proposions des
analyses critiques, nous ouvrions des espaces de dialogue pour nous saisir pleinement des questions sociales économiques et politiques qui vont redéfinir nos environnements de travail et nos
interventions en direction des publics.
La campagne de Nicolas Sarkozy s'est construite sur une nouvelle ligne de partage idéologique, celle qui sépare clairement les salariés et les assistés, ceux qui se lèvent tôt et les fraudeurs.
Une seule valeur, la valeur travail. Ceux qui n'en sont pas sont accusés de faiblesse et de lâcheté. Coupables ! Stratégie payante couronnée d'un succès éclatant. Salariés, il ne s'agit plus de
financer les allocations et les dispositifs d'insertion qui s'adressent et qui bénéficient à plus pauvres que vous. "L'assisté" devient la figure principale de celui par lequel tous les maux ont
assailli la société française. Il ne reste plus qu'à préciser qui sont ces assistés. Patience, ça vient... Les propos de campagne nous apprennent déjà que dans cette nouvelle catégorie les
chômeurs et les immigrés figurent à égalité sur la plus haute marche. C'est à partir de ce corpus idéologique que des projets se dessinent :
- l'obligation d'activité en contrepartie du versement du RMI et d'autres minima sociaux,
- la suspension des allocations de chômage après le refus de 2 offres d'emploi,
- la fusion des Assedic, de l'ANPE et des maisons de l'emploi,
- la généralisation du profilage des inemployables (génétiquement inemployables ?) et le versement de ceux-ci dans de nouvelles catégories invisibles pour le calcul du taux de chômage,
- l'obligation pour les travailleurs sociaux de renseigner les fichiers de police à partir des informations recueillies auprès des publics,
- la mise en place d'un contrat de travail unique ( généralisation du CNE ?).
Ce ne sont là que des premières perspectives...
Dans ces contextes, quelles places, nous professionnels, devrons-nous tenir face aux publics en insertion et en demande d'emplois ? Que signifie accompagner dans un système de contrainte et de
contrôle généralisés ? La relation d'aide, prise dans l'étau de l'injonction d'occuper un emploi, n'importe quel emploi, résiste-t-elle ou allons-nous devoir abandonner toute éthique
professionnelle au risque de ne plus pouvoir supporter nos propres pratiques ?
Les questions sont nombreuses, foisonnantes. Nos réflexions, nos idées, nos argumentations et nos propositions doivent à présent l'être tout autant.
En dehors des engagements de citoyens qui sont peut-être les vôtres, visiteurs et contributeurs de ce blog, nous invitons les professionnels que nous sommes à dire la réalité de notre métier, à
faire fructifier nos expériences de praticiens pour combattre les idées reçues et faire vivre nos valeurs. Dans l'esprit qui a prédominé à la création de ce blog, nous constituer en réseau,
échanger nos pratiques, nous avons aussi intérêt à faire s'exprimer, y compris sur ces pages, les publics avec lesquels nous travaillons. Nos intérêts sont communs.
Saisissez vous de cet espace par les commentaires que vous laisserez. En fonction des thèmes que vous aborderez, nous publierons ici des synthèses de nos débats. Notre réseau qui s'étend se
chargera de les porter et de les diffuser à tous les interlocuteurs qui pourront s'en faire l'écho. Les formes sont ouvertes, synthèses de paroles de praticiens et des publics, lettres ouvertes,
pétitions...
Notre professionnalité repose sur l'acceptation de l'Autre, pas sur la contrainte et la mise en oeuvre de pratiques excluantes. Etablir la bonne distance avec le public implique notre engagement
dans cette relation. Alors plus que jamais, veillons à quoi nous nous engageons...

PAROLES de CIP